Les mesures sociales annoncées par le Conseil des ministres du 2 septembre 2026 ont été au cœur des échanges entre le ministre porte-parole du Gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, et les professionnels des médias à Parakou, le jeudi 10 septembre. Gratuité de l’inscription des filles dans les formations techniques, sécurité des élèves dans les zones frontalières, cantines scolaires, bourses universitaires, transport des étudiants et programme de protection sociale des agriculteurs ont notamment suscité des interrogations.
La gratuité de l’inscription des filles dans les formations techniques du secondaire a notamment fait l’objet de débats. Pourquoi cette mesure ne concerne-t-elle pas également les garçons ? Pour le porte-parole du Gouvernement, le choix répond à une situation particulière de vulnérabilité des filles. « Les filles sont plus vulnérables que les garçons. Les familles privilégient, en cas de manque de moyens, de scolariser les garçons que les filles », a-t-il expliqué. Il a également évoqué le poids des mariages forcés et précoces et le décrochage scolaire qui touche davantage certaines adolescentes. Pour autant, cette orientation ne constitue pas, selon lui, une discrimination envers les garçons. « Cette décision du Gouvernement ne consiste pas à discriminer les garçons. Dès que l’État aura plus de ressources, cette décision va inclure les garçons », a-t-il précisé. L’objectif affiché est donc de réduire progressivement les inégalités d’accès aux formations techniques, en ciblant dans un premier temps le groupe considéré comme le plus vulnérable. La question de la sécurité des élèves dans les zones frontalières confrontées à la menace terroriste a également été soulevée à l’approche de la rentrée. Sur ce point, le ministre porte-parole a assuré que des dispositions ont été prises pour garantir la protection des apprenants. « Pour la rentrée scolaire 2026-2027, les dispositions sont prises pour la protection des élèves dans ces zones avec les ministères de l’Enseignement concernés », a-t-il déclaré. Pour ce qui est de l’accès des enfants démunis aux fournitures scolaires, le Gouvernement entend poursuivre la distribution de kits scolaires, notamment dans les zones rurales. « L’ambition du Gouvernement est qu’en plus de la gratuité de la scolarisation, il y ait la distribution des kits scolaires pour les élèves démunis dans les zones rurales », a indiqué Houngbédji. Après une première opération ayant permis de distribuer plus de 15 000 kits, l’ambition est désormais d’étendre progressivement l’initiative à d’autres zones afin d’en accroître l’impact. Relativement aux cantines scolaires, le porte-parole a rappelé la progression enregistrée dans la couverture du programme. Pour la rentrée 2026-2027, le Gouvernement prévoit de passer d’environ 1,4 million à 1,9 million d’élèves bénéficiaires. Des ressources supplémentaires sont par ailleurs accordées à l’Agence nationale de l’alimentation et de la nutrition (Anan) afin d’améliorer la qualité et l’efficacité des interventions sur le terrain.
Quid des autres mesures ?
Le programme pilote de productivité agricole et de protection sociale des agriculteurs a, lui aussi, suscité des interrogations, notamment sur le choix de limiter l’expérimentation à 2 000 producteurs de maïs, exploitant au total environ 3 000 hectares. Le ministre a expliqué que le maïs constitue une spéculation adaptée à cette phase expérimentale, notamment en raison de son cycle de production. « Il s’agit d’une phase d’expérimentation. L’objectif est de couvrir d’autres spéculations sur la base de la phase pilote », a-t-il expliqué. Le dispositif combine amélioration de la productivité, sécurisation des revenus et accès progressif à une protection sociale, notamment à l’assurance maladie. Les nouvelles orientations en matière de bourses universitaires ont également été au centre des préoccupations. La diminution du nombre de bénéficiaires dans certaines facultés, notamment le droit, l’anglais ou encore la sociologie, a été perçue par certains comme une remise en cause de ces formations. Houngbédji rejette cette lecture. « Il ne s’agit pas d’une discrimination. Il s’agit d’encourager les nouveaux bacheliers à embrasser les nouvelles filières techniques, des formations pratiques, afin de leur faciliter leur insertion professionnelle », a-t-il soutenu. Dans le même registre, la question du transport universitaire a été abordée. Le Conseil des ministres a autorisé l’acquisition de 63 nouveaux bus destinés aux universités publiques. Pour l’Université de Parakou, le ministre a indiqué que 10 bus sont prévus. La gestion du dispositif sera confiée à La Poste du Bénin, tandis que les tarifs qui seront appliqués aux étudiants restent à déterminer. Une autre interrogation a porté sur le classement du premier du Bac à la Faculté des sciences économiques et de gestion (Faseg), alors que certains estimaient qu’il aurait pu bénéficier d’une valorisation de son excellence à travers une formation à l’étranger. Le porte-parole a apporté une précision : « Son classement à la Faseg est bien le choix du candidat et de ses parents ». Il a rappelé que la bourse d’excellence pour une formation à l’étranger intervient notamment lorsque la formation souhaitée par le candidat n’est pas disponible sur le territoire national. Dans le cas évoqué, a-t-il insisté, « c’est le choix du candidat qui a été respecté ». À travers ces différentes clarifications, le Gouvernement entend mieux expliquer les choix opérés dans les secteurs de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de l’agriculture. L’ensemble des mesures sociales adoptées pour la rentrée scolaire et universitaire 2026-2027 représente une incidence financière d’environ 30 milliards de francs Cfa, avec l’ambition affichée d’améliorer les conditions d’apprentissage, de renforcer l’accès aux services sociaux et de soutenir davantage les populations vulnérables.
Moudachirou Aliou (Coll)




















