Le samedi 15 novembre 2025, l’Assemblée nationale a adopté une révision de la Constitution en présence des députés de tous les partis représentés (Up-R, Br et Ld). Cette réforme, largement débattue, marque une étape majeure pour la stabilité politique, la cohésion nationale et le développement du Bénin. Parmi les innovations phares figure la création du Sénat, une institution envisagée depuis 1990 mais jamais mise en place.
Dans toutes les régions du pays, la tradition confère aux anciens, considérés comme des sages, un rôle central dans la résolution des conflits, la préservation de la cohésion sociale et la transmission de l’expérience. Pourtant, cette valeur culturelle n’avait jamais été pleinement intégrée dans l’organisation politique moderne. Bien que la Conférence nationale de 1990 ait déjà recommandé la création d’un Sénat inspiré de ces traditions, la proposition était restée lettre morte. Résultat : les expériences des anciens présidents de la République, de l’Assemblée nationale, de la Cour constitutionnelle, ainsi que d’autres personnalités clés, n’étaient pas utilisées au service du pays. La réforme constitutionnelle vient corriger cette lacune. Le Sénat devient désormais un espace institutionnel où ces personnalités, reconnues pour leur parcours, pourront jouer un rôle de garde-fous. L’objectif est de ramener l’éthique, le sens de l’État et l’intérêt national au cœur de la vie politique. Selon les soutiens de la réforme, le Sénat servira de contrepoids moral et institutionnel, capable de décourager les dérives politiques telles que les propos mensongers, les appels à la division ou les actions susceptibles de nuire à la stabilité nationale.
Les attributions du Sénat
Le Sénat est chargé de réguler la vie politique, en veillant au renforcement de l’unité nationale, du développement, de la sécurité publique, de la démocratie et de la paix ; surveiller les mœurs politiques, en s’assurant de la continuité de l’État et de la stabilité institutionnelle et faire respecter la trêve politique, un mécanisme visant à éviter les tensions excessives dans le débat politique. Il pourra également suspendre ou retirer les droits politiques ou civiques de tout acteur dont les actes ou déclarations menacent l’unité nationale, le développement, la sécurité publique, les droits humains ou la paix sociale. Des exemples concrets sont cités : le faux discours sur la présence de bases militaires étrangères au Bénin, incitations régionales à la violence, ou encore appels à une intervention étrangère contre le pays. Dans de tels cas, le Sénat pourrait intervenir pour protéger les intérêts supérieurs de la Nation.
Un rôle clé dans l’examen des lois
Bien que le Sénat ne puisse pas initier de lois, ses membres n’étant pas élus, il dispose d’un pouvoir décisif dans le processus législatif. Certaines catégories de lois doivent obligatoirement obtenir un avis de non-objection du Sénat avant promulgation des lois constitutionnelles, des lois électorales et des lois sur les partis politiques et leurs activités. Ce mécanisme permet au Sénat de bloquer des textes jugés dangereux pour la stabilité nationale, notamment des lois « crisogènes ». Les défenseurs de la réforme estiment que cette disposition répond aux critiques formulées par l’opposition au cours des dernières années. Si des personnalités telles que Boni Yayi, Nicéphore Soglo, Théodore Holo ou Robert Dossou siégeaient au Sénat, elles le feraient non en tant qu’adversaires politiques, mais en tant que sages chargés de l’intérêt général. Enfin, les sénateurs seront soumis à une obligation de réserve politique absolue : ils ne peuvent être partisans ni s’engager dans des luttes politiques. Cette exigence vise à garantir l’indépendance, l’impartialité et la crédibilité de l’institution.
Léonce Adjévi




















