À Sagon, dans la Commune de Ouinhi, le centre de santé de Tèvédji est à l’arrêt. Faute de personnel et de moyens, la structure ne fonctionne plus, plongeant les populations dans une détresse sanitaire inquiétante. Derrière cette crise, des soupçons de mauvaise gestion des fonds mobilisés par la communauté et la diaspora.
Situé dans une zone enclavée à une trentaine de kilomètres du centre-ville, le centre communautaire de santé de Tèvédji a ses portes closes depuis plusieurs semaines. En lieu et place de la sage-femme et de l’aide-soignante qui assuraient son fonctionnement, règnent désormais le silence et le ballet des chauves-souris. Surpris par cette fermeture, Pierre Fanou, chef du village, dénonce une décision « suicidaire » : « Ce centre ne peut en aucun cas être fermé compte tenu de son importance pour la population. Il dessert trois hameaux périphériques et sa fermeture a entraîné une hausse du taux de mortalité. » Le centre le plus proche se trouve à une dizaine de kilomètres, sinon il faut parcourir une longue distance sur une voie périlleuse pour rallier Covè et espérer un soin de qualité. Le constat est partagé par les habitants. « La fermeture du centre a accentué les difficultés des femmes qui doivent parcourir de longues distances pour se soigner », témoigne Augustine Gnanvi. Mis en service en 2005, le centre ne disposait déjà plus d’eau ni de lumière, ce qui compliquait son fonctionnement quotidien. Pourtant, la population et la diaspora avaient mobilisé une enveloppe de 900 000 F Cfa afin de relancer le centre. Sur ce montant, 500 000 F Cfa ont été affectés au paiement des salaires pour maintenir le personnel en poste et générer des recettes. Le reste devait servir à l’achat de produits pharmaceutiques et à la relance des activités. Mais la promesse d’autonomie financière n’a pas été tenue. Les salaires ont cessé d’être versés depuis deux mois, le personnel s’est réduit, et les difficultés se sont aggravées. Les responsables communautaires dénoncent une gestion opaque. « Les fruits n’ont pas tenu la promesse des fleurs », déplore Pamphile Dossounon, qui appelle les autorités sanitaires à intervenir pour rétablir la vérité et sauver le centre. Face à la crise, les cadres du village et les membres de la diaspora réclament des comptes au comité de gestion, accusé de laxisme et d’opacité. Pour eux, une seule solution s’impose : auditer la gestion des fonds afin de situer les responsabilités et relancer le centre. Pamphile Dossounon réfute l’argument de la faible fréquentation pour justifier la fermeture. Selon lui, les recettes des mois de juin, juillet et août avaient même augmenté, preuve que la raison est ailleurs.
Un silence lourd de conséquences
En attendant, les habitants de Tèvédji souffrent le martyr, contraints de chercher ailleurs des soins qui devraient être accessibles dans leur propre village. Le silence des responsables mis en cause laisse planer un doute : ont-ils pleinement conscience des faits dénoncés ou cherchent-ils à éviter de rendre des comptes ? Les jours à venir diront si les autorités sanitaires entendent enfin le cri d’alarme des populations de Tèvédji.
Zéphirin Toasségnitché (Br Zou-Collines)




















