La première édition du Forum béninois sur le peering et l’interconnexion (Bpif) s’est déroulée le 30 octobre 2026 à Godomey. Organisé par le Chapitre Béninois de l’Internet Society (Isoc Bénin), cet événement a rassemblé les opérateurs de réseaux, les fournisseurs d’accès internet, acteurs du numérique, créateurs de contenus et acteurs institutionnels autour des enjeux d’un Internet plus rapide, plus résilient et plus abordable.
« Peering, interconnexion et IXP : bâtir un Internet béninois plus rapide, résilient et abordable », c’est autour de ce thème que s’est déroulé les travaux de cette première édition du Bpif. Le forum vise à renforcer l’interconnexion entre les réseaux locaux afin de permettre aux données échangées au Bénin de rester, autant que possible, sur le territoire national, plutôt que d’emprunter des liaisons internationales avant de revenir à leur point de départ. Cette approche présente plusieurs avantages, notamment réduire la latence, optimiser l’utilisation de la bande passante, limiter les coûts du transit international et améliorer la qualité des services Internet proposés aux utilisateurs. Pour Nabil Chouty, président du comité d’organisation, le maintien du trafic local au niveau national dépasse la seule dimension technique. Il constitue un levier de souveraineté numérique et de développement économique. « En tant qu’acteurs de l’écosystème technique et des télécommunications, nous savons que le maintien du trafic local à l’échelle locale n’est pas seulement une question d’optimisation technique, c’est le socle de la souveraineté numérique », a-t-il souligné. Selon lui, cette démarche contribue également à améliorer l’expérience des utilisateurs. « Garder nos données sur le territoire réduit la latence, optimise la bande passante et fait chuter, dans la mesure du possible, les coûts du transit international », a-t-il expliqué.
Réduire la dépendance aux liaisons internationales
De son côté, Elias Gnancadja, vice-président de l’Internet Society, chapitre du Bénin, a insisté sur la nécessité de mieux maîtriser les circuits empruntés par les données échangées entre les utilisateurs et les services numériques locaux. « Quand un Béninois consulte un site Web basé au Bénin, des fois, on se pose la question : par où passe réellement le trafic ? » , s’interroge-t-il. Il a expliqué que de nombreux échanges numériques transitent encore par des liaisons internationales avant de revenir au Bénin, entraînant des coûts supplémentaires et des délais de transmission plus importants. « Trop souvent, nos échanges, que ce soit du texte ou même des données à caractère personnel, quittent carrément notre pays, le Bénin, et traversent des liaisons internationales coûteuses. Ça va et après ça revient », a-t-il déploré. Le vice-président d’Isoc Bénin a également évoqué la dépendance du pays aux connexions internationales, qu’il estime à près de 90 %, pour souligner l’importance de renforcer les infrastructures et les mécanismes d’interconnexion locaux. L’objectif, a-t-il précisé, est de favoriser une meilleure coopération entre les opérateurs afin d’offrir aux utilisateurs une connexion plus performante et moins coûteuse. Au-delà des échanges techniques, le Bpif 2026 ambitionne de déboucher sur des recommandations à l’endroit du ministère de tutelle, des autorités de régulation et des fournisseurs d’accès à Internet. Ces propositions devraient contribuer à identifier les mesures susceptibles de favoriser l’interconnexion des réseaux, de réduire les coûts de connexion et de renforcer la circulation locale des données. Il faut souligner que trois panels ont meublé ce forum. Le premier a porté sur l’état des lieux et les enjeux de l’interconnexion au Bénin. Le deuxième s’est intéressé aux aspects techniques, au modèle économique et à la gouvernance d’un point d’échange Internet. Le troisième a mis en lumière les opportunités liées à l’écosystème numérique et à la production de contenus locaux.
Patrice Zoundé (Coll)




















