Les fortes pluies qui s’abattent sur Cotonou et ses environs ne provoquent pas seulement des inondations. Elles ouvrent également la voie à des menaces sanitaires ainsi que plusieurs maladies qui peuvent affecter les populations. Face à cette problématique, Jasmine Agossou, médecin généraliste à l’Hôpital Bethesda de Cotonou, a accordé un entretien au journal ‘’Le Matinal ‘’.
Le Matinal : Quelles sont les maladies les plus fréquentes pendant la saison des pluies ?
Jasmine Agossou : Pendant la saison des pluies, le paludisme reste de loin la maladie la plus fréquente en raison des eaux stagnantes qui favorisent la prolifération des moustiques. On observe aussi une hausse des maladies diarrhéiques comme le choléra. Cette maladie est liée à la contamination de l’eau. Comme autres maladies, il y a également les infections respiratoires dues à l’humidité et aux changements de température. Enfin, les infections cutanées et les mycoses sont également fréquentes, surtout chez les enfants qui jouent dans la boue.
Quels comportements de la population vous inquiète le plus pendant cette période ?
Ce qui m’inquiète le plus, c’est l’automédication. Dès qu’un enfant a de la fièvre, beaucoup de parents donnent directement des antipaludéens ou des antibiotiques sans consulter un professionnel de santé. Malheureusement, cela peut retarder le diagnostic de la véritable maladie. Je suis également préoccupée par le fait que certains enfants jouent dans les eaux stagnantes ou boueuses sans surveillance. A cela, s’ajoute le manque d’entretien autour des habitations : les bidons, les pneus usagés ou encore les flaques d’eau sont souvent laissés sur place alors qu’ils constituent des lieux propices à la prolifération des moustiques.
Quelles sont les personnes les plus vulnérables en cette période?
Les personnes les plus vulnérables sont avant tout les enfants de moins de 5 ans. Chez eux, le paludisme peut évoluer très rapidement vers une forme grave. Les femmes enceintes sont également exposées tout comme les personnes âgées. Je pense aussi aux familles qui vivent dans des zones inondables ou qui n’ont pas facilement accès à l’eau potable. Ce sont souvent les ménages en situation de précarité qui sont confrontés à plusieurs facteurs de risques en même temps.
Quelles sont les gestes barrières essentiels que vous recommandez aux familles ?
Je recommande toujours la même base : dormir sous moustiquaire imprégnée, même en journée pour les enfants qui font la sieste, assainir les alentours des maisons en éliminant les eaux stagnantes, bien se laver les mains surtout avant de manger, éviter de laisser les enfants pieds nus dans la boue, sécher rapidement les enfants après la pluie pour éviter les refroidissements.
Quels conseils pouvez-vous donner aux populations pour éviter les maladies hydriques ?
Il faut traitez systématiquement l’eau de boisson ; la faire bouillir ou utiliser des produits de traitements de l’eau si on n’est pas sûr de la source ; laver soigneusement les fruits et légumes ; en cas de diarrhée surtout chez un enfant, ne pas minimiser et conduire l’enfant dans un centre de santé ; penser à la réhydratation orale immédiatement en attendant la consultation. Dès qu’un enfant a de la fièvre pendant la saison des pluies, il ne faut pas attendre, le paludisme peut s’aggraver en quelques heures chez un jeune enfant. Il faut aussitôt consulter un médecin en cas de diarrhée qui dure plus de 24 voire 48 heures, de signes de déshydratation (bouche sèche, enfant très fatigué, moins d’urines ou difficultés respiratoires). Dans le doute, il vaut toujours mieux consulter que d’attendre.
Un mot pour conclure cet entretien
Mon message est simple : ne banalisez jamais une fièvre et évitez l’automédication. Protégez-vous des moustiques, veillez à l’hygiène de votre environnement, buvez une eau potable et consultez rapidement un professionnel de santé dès l’apparition de signes inquiétants. La prévention reste notre meilleure arme pour traverser la saison des pluies en bonne santé.
Propos recueillis par Azaria Apovo (Stag)
















