Le secteur de la santé connaît une transformation progressive au Bénin, portée par d’importants investissements dans les infrastructures hospitalières, la modernisation des plateaux techniques et le développement des soins spécialisés. À travers la construction de nouveaux établissements, la réhabilitation d’hôpitaux existants, l’acquisition d’équipements de pointe et le renforcement des services de proximité, le pays cherche à améliorer l’accès aux soins et à réduire les évacuations sanitaires vers l’étranger.
Cette dynamique s’inscrit dans les orientations du Programme d’action du gouvernement (Pag), qui identifie notamment la construction, la réhabilitation et l’équipement des infrastructures sanitaires, le renforcement du plateau technique, la disponibilité des ressources humaines et le développement de la e-santé parmi les grands chantiers du secteur. Le portefeuille du Pag consacré à la santé recense 11 projets, dont un programme de 141 milliards de Fcfa consacré aux infrastructures sanitaires et un autre de 55 milliards de Fcfa destiné au renforcement des plateaux techniques. Au-delà des chiffres, l’enjeu est de faire évoluer le système sanitaire vers une offre de soins davantage spécialisée, mieux équipée et plus proche des populations. De Cotonou à Calavi, de l’Ouémé au Borgou, en passant par l’Atlantique, le Couffo, les Collines et d’autres départements, plusieurs chantiers témoignent de cette volonté de réorganiser progressivement la carte sanitaire nationale.
L’un des changements les plus visibles concerne la multiplication des projets de construction et de réhabilitation des établissements sanitaires. Le gouvernement travaille à renforcer à la fois les structures de référence et les formations sanitaires destinées à assurer les soins de proximité. Parmi les projets figurent plusieurs hôpitaux de 65 et de 120 lits. Le programme concerne notamment des établissements à Savalou, Dassa-Zoumè, Lokossa, Ouidah et Cotonou, ainsi qu’un hôpital de 120 lits à Kétou. D’autres projets concernent les zones sanitaires d’Adjarra-Avrankou-Akpro-Missérété, d’Adjohoun-Bonou-Dangbo et de Zogbodomey-Bohicon-Zakpota. La zone sanitaire d’Allada-Toffo-Zè fait également partie des établissements concernés par les travaux et opérations de modernisation. Cette politique vise notamment à améliorer les conditions d’accueil des patients, la fonctionnalité des établissements et l’environnement de travail du personnel médical. Elle doit aussi faciliter la référence et la contre-référence entre les différents niveaux du système sanitaire, afin que les patients puissent être orientés vers la structure la mieux adaptée à leur situation. Le maillage territorial constitue également un enjeu majeur. Pour éviter que les populations soient obligées de parcourir de longues distances avant d’accéder à des soins de base, le Bénin poursuit la construction de nouveaux centres de santé. En mai 2026, le Conseil des ministres a ainsi autorisé la contractualisation dans le cadre d’un projet portant sur la construction de 14 centres de santé et la réhabilitation de la maternité de l’hôpital de zone de Ouidah. Les localités concernées comprennent notamment Kpakpamè, Savalou-Aguah, Kountori, Liboussou, Copargo, Dunkassa, Akassato, Ouèdo, Abomey-Calavi, Zèbou, Comè, Adohoun, Tchi-Ahomadégbé et Idigny.
Ces investissements dans les infrastructures ne se limitent pas aux bâtiments. Le gouvernement entend également améliorer les conditions minimales nécessaires au fonctionnement des formations sanitaires. Dans ce cadre, une enveloppe de 10 milliards de Fcfa a été annoncée en 2026 pour permettre l’accès à l’eau potable et à l’électricité dans les centres de santé publics qui n’en disposent pas encore. Un milliard de Fcfa supplémentaire doit permettre aux hôpitaux publics de constituer des stocks d’intrants nécessaires à la prise en charge systématique des urgences vitales. Le développement des infrastructures concerne aussi les établissements spécialisés. À Togbin, le projet prévoit notamment la réalisation d’un centre hospitalier universitaire général, d’un centre hospitalier universitaire dédié à la mère et à l’enfant ainsi que d’un funérarium. L’ambition est de regrouper et de développer certaines spécialités actuellement dispersées dans différents établissements. Le Centre national hospitalier et universitaire de psychiatrie d’Allada constitue un autre volet de cette politique. Inscrit dans le portefeuille des projets sanitaires, cet établissement doit contribuer à renforcer l’offre de soins en santé mentale, un domaine longtemps confronté à une insuffisance d’infrastructures spécialisées. Le projet est évalué à 2 milliards de Fcfa dans le portefeuille du Pag. À travers ces différents chantiers, l’objectif est donc de construire un réseau sanitaire plus cohérent, avec des structures de proximité capables d’assurer les soins courants et des établissements de référence suffisamment équipés pour prendre en charge les cas complexes.
Du matériel de pointe pour améliorer la prise en charge
La transformation du système sanitaire passe également par la modernisation des équipements. Un hôpital moderne ne peut en effet répondre efficacement aux besoins des populations sans un plateau technique adapté, des équipements fonctionnels et du personnel capable de les utiliser. Sur ce volet, plusieurs acquisitions ont été engagées. En juillet 2026, le gouvernement a décidé de doter plusieurs établissements de référence d’équipements médicaux de pointe. Les bénéficiaires comprennent notamment le Centre national hospitalier et universitaire Hubert Koutoukou Maga, le Centre hospitalier universitaire départemental de l’Ouémé, le Centre hospitalier universitaire de la mère et de l’enfant, le Chud du Borgou et le Centre hospitalier universitaire de zone d’Abomey-Calavi/Sô-Ava. Les équipements prévus couvrent notamment les domaines de la cœlioscopie et de la laparoscopie digestive. Ces techniques permettent de réaliser certaines interventions chirurgicales avec des incisions plus petites que celles utilisées dans la chirurgie ouverte classique. Elles peuvent contribuer à réduire les traumatismes opératoires et à favoriser une récupération plus rapide lorsque les indications médicales le permettent.
L’ophtalmologie bénéficie également de cette politique d’équipement. Plusieurs établissements doivent recevoir du matériel moderne afin de renforcer la capacité de diagnostic et de prise en charge des pathologies oculaires. Le dispositif concerne notamment le Cnhu-Hkm, le Chud Ouémé, le Chud Borgou et le Chuz Suru-Léré. L’anatomopathologie figure aussi parmi les priorités. Des équipements modernes doivent être installés au Cnhu-Hkm afin d’améliorer la qualité des diagnostics histologiques. Cette spécialité joue un rôle déterminant dans la confirmation et la caractérisation de nombreuses maladies, notamment les cancers. Le renforcement du matériel concerne également la prise en charge des urgences vitales. En avril 2026, 600 concentrateurs d’oxygène ont été réceptionnés pour être distribués à 23 hôpitaux et centres de santé dans plusieurs départements du pays. L’objectif affiché est de renforcer les capacités des formations sanitaires dans la prise en charge des patients nécessitant une assistance en oxygène. Ces acquisitions s’inscrivent dans un effort plus large de renforcement du plateau technique. Le portefeuille du Pag évalue à 55 milliards de Fcfa le projet consacré à cette composante. L’enjeu est de permettre aux professionnels de santé de disposer d’outils plus performants pour le diagnostic, la chirurgie, le suivi et le traitement des patients. Cette modernisation est particulièrement stratégique pour les pathologies qui nécessitent des équipements lourds ou des compétences spécialisées. Elle peut permettre au Bénin de limiter progressivement certaines évacuations sanitaires à l’étranger, qui représentent des coûts importants pour les familles et pour les dispositifs publics de prise en charge. Mais l’équipement ne constitue qu’un maillon de la chaîne. Pour qu’un scanner, un appareil de radiothérapie, une colonne de cœlioscopie ou un laboratoire moderne produise pleinement ses effets, il faut des spécialistes, des techniciens qualifiés, une maintenance régulière et une organisation hospitalière adaptée. C’est pourquoi le renforcement des ressources humaines demeure indissociable des investissements matériels.
Le Chic et l’essor des soins spécialisés
Au cœur de cette nouvelle architecture sanitaire se trouve le Centre hospitalier International de Calavi (Chic). Inauguré en juin 2025, l’établissement dispose d’une capacité annoncée de 434 lits et ambitionne de devenir un centre de référence pour les soins complexes au Bénin et dans la sous-région. Ses services comprennent notamment la dialyse, l’exploration fonctionnelle, le check-up center, l’oncologie médicale avec chimiothérapie, ainsi que des activités de laboratoire et de médecine interne. En 2026, le Chic a franchi une nouvelle étape avec l’entrée en activité de plusieurs services spécialisés. La radiothérapie y est devenue effective à partir du 1er avril 2026. Le premier patient a été traité le 15 avril de la même année. La disponibilité de cette technologie constitue une évolution importante dans la prise en charge du cancer au Bénin. Le développement de la radiothérapie sur place peut contribuer à réduire certaines évacuations sanitaires et à rapprocher les traitements spécialisés des patients. Pour les personnes atteintes de cancer et leurs familles, l’enjeu dépasse donc la seule performance technologique, il concerne également la continuité des soins, les coûts liés aux déplacements et l’accompagnement durant les différentes étapes du traitement. Le Chic a également intégré la chirurgie cœlioscopique à son offre de soins. L’établissement a parallèlement rendu effectives les hospitalisations conventionnelles et assure une disponibilité continue de ses services, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Cette montée en puissance du Chic illustre une orientation plus large, celui de faire du Bénin un pays capable de proposer sur son territoire des soins auparavant difficiles d’accès. L’objectif est notamment de développer des pôles d’excellence dans plusieurs spécialités et de réduire la dépendance à l’égard des évacuations vers d’autres pays.

Le renforcement des ressources humaines constitue cependant l’un des défis majeurs de cette ambition. Le Pag prévoit un projet évalué à 88 milliards de Fcfa pour renforcer la disponibilité des ressources humaines en santé. Construire des hôpitaux modernes et acquérir des équipements de dernière génération ne suffit pas si le pays ne dispose pas d’un nombre suffisant de médecins spécialistes, chirurgiens, infirmiers, techniciens de laboratoire, manipulateurs en radiologie, anesthésistes et autres professionnels indispensables au fonctionnement des services. La formation apparaît donc comme un élément central de la transformation. Le renforcement des écoles et des structures de formation doit accompagner l’expansion des infrastructures hospitalières. Le développement de compétences locales permettra également d’assurer la maintenance des équipements et de favoriser la transmission des connaissances.
Parallèlement aux infrastructures et aux équipements, la transformation du système de santé s’étend au numérique. Le Pag prévoit un projet de promotion et de développement de la e-santé évalué à 11 milliards de Fcfa, ainsi qu’une solution digitale de traçabilité des produits de santé, ou e-pharmacie, estimée à 5 milliards de Fcfa. La digitalisation doit permettre, à terme, d’améliorer la circulation de l’information sanitaire, la gestion des établissements, la disponibilité des données et la traçabilité des produits médicaux. Elle peut également contribuer à rendre le système plus efficace et à renforcer la coordination entre les différents niveaux de soins. La transformation engagée pose néanmoins une question essentielle, celle de l’accès réel des populations à ces nouvelles capacités. La modernisation des hôpitaux doit aller de pair avec une amélioration de l’accessibilité financière et géographique des soins, notamment pour les populations les plus vulnérables. Dans cette perspective, le renforcement de l’assurance maladie obligatoire et les mesures de protection sociale constituent des leviers complémentaires. La modernisation du système sanitaire ne pourra être pleinement mesurée uniquement au nombre d’hôpitaux construits ou d’équipements réceptionnés. Elle devra surtout se traduire par une amélioration concrète de la qualité des soins, une réduction des délais de prise en charge, une meilleure disponibilité des médicaments et une diminution des évacuations sanitaires évitables. À l’horizon des prochaines années, le Bénin dispose ainsi d’un important chantier sanitaire. Les investissements engagés dessinent progressivement un système plus structuré, avec des établissements de proximité renforcés, des hôpitaux de référence modernisés, des équipements plus performants et une offre croissante de soins spécialisés. Le défi sera désormais de transformer durablement ces investissements en résultats mesurables pour les patients. La réussite de cette politique dépendra de la qualité des infrastructures, mais aussi de leur entretien, de la disponibilité du personnel, de la formation continue, de la maintenance des équipements et de la capacité du système à garantir une prise en charge accessible à tous.
En définitive, la transformation du secteur de la santé au Bénin est désormais engagée sur plusieurs fronts. Des nouveaux centres de santé aux grands hôpitaux, des équipements médicaux à la radiothérapie, de la chirurgie spécialisée à la santé numérique, le pays cherche à franchir une nouvelle étape dans son offre sanitaire. Le véritable enjeu des prochaines années sera de consolider ces acquis afin que la modernisation des infrastructures et des technologies se traduise, au quotidien, par des soins plus rapides, plus sûrs, plus spécialisés et surtout plus accessibles aux populations.
Sergino Lokossou




















